VAISSEAUX
Des
grands marins ont fini par admettre que ce qui les attirait le plus, ce n’était
pas tant la mer que les bateaux. L’espace n’est pas seulement
un lieu d’exploration, c’est aussi un lieu de construction. L’imagination
a besoin de voyager. Elle a plus encore besoin de créer ...
LE
DERNIER COUTEAU SUISSE
Dans l’imaginaire, l’objet vaisseau spatial occupe un
statut particulier. C’est, d’une certaine façon,
une "extrapolation" du couteau suisse, qui ne doit plus
seulement répondre à trois, quatre ou cinq fonctions utilitaires,
mais à toutes les fonctions nécessaires à la vie, dans
le milieu hostile de l’espace. Il ne repose sur rien (de matériel).
Il avance dans le vide. Il est totalement isolé de sa planète
d’origine, sinon par des communications radio qui, avec la distance,
mettront des minutes puis des heures à parvenir à destination.
Il doit subvenir à tous les besoins de ses occupants, y compris recréer
une atmosphère et – si nécessaire – une gravitation
artificielle…
L'AVENTURE
SPATIALE EST UN ROMAN, ET TOUT LE RESTE EST LITTERATURE ...
Il faut d’abord remarquer que le vaisseau spatial, avant de traverser
l’espace, commence ses voyages dans des histoires, des romans, voire
des mythes.
Alors qu’à partir des XVI et XVIIième siècles
le ciel prenait une consistance scientifique, de nombreux romanciers ont
voyagé dans ce nouveau monde, le plus souvent comme un prétexte
pour porter un regard critique – voire satirique – sur les sociétés
de la planète Terre. C’est le cas de Cyrano de Bergerac dans
l’Histoire comique des Etats et Empires de la Lune et du Soleil, qui,
entre deux modes de propulsion plus fantaisistes inventés pour atteindre
la Lune, a l’intuition remarquable d’un système utilisant
« quantité de fusées volantes », configurées
de telle sorte que « dès que la flamme eut dévoré
un rang de fusées, qu’on avait disposées six à
six, par le moyen d’une amorce qui bordait chaque demi-douzaine, un
autre étage s’embrasait, puis un autre » . Dans trois
siècles, une même fusée à étages emportera
le vaisseau Apollo vers la Lune ...
Tall
Ship Race - Cherbourg - 2005 - Photo OB
Plus tard, Voltaire
survolera lui aussi les reflets de la Terre dans le système solaire
avec Micromegas. Rappelons que, sur un plan plus scientifique, c’est
lui qui fera connaître en France, en les publiant, les travaux de
Newton sur la gravitation universelle.
On attribue
généralement à Jules Verne la création d’un
genre littéraire nouveau, la science-fiction, dont un des thèmes
majeurs est l’exploration de l’espace. Le vaisseau
spatial y apparaît toujours comme une projection du contexte économique,
social ou politique de l’époque.
Le vaisseau «
pionnier » de la science-fiction est un produit du XIXième
siècle, un produit de l’ère industrielle. C’est
un engin parfois laborieusement bricolé à partir des connaissances
technologiques du moment, dérivant du ballon dirigeable, de la catapulte
ou du boulet de canon. Sa crédibilité repose essentiellement
sur les talents littéraires de l’auteur : Jules Verne tente
de convaincre, dans De la Terre à la Lune, que l’accélération
à l’intérieur du boulet sera supportée par ses
passagers grâce à un hypothétique système d’amortisseurs
hydrauliques ; Edgar Poe, dans Aventures sans pareil d’un certain
Hans Pfaal, suppose que l’atmosphère ne disparaît pas
tout à fait dans l’espace, et grâce à un «
compresseur », atteint la Lune en ballon ; H.G. Wells, dans Les premiers
hommes sur la Lune, invente lui pour s’élever dans les airs
un matériau imperméable à la gravitation …
A l’inverse,
des scientifiques s’emparent très tôt de la science-fiction
pour vulgariser leurs idées. C’est le cas de Constantin Tsiolkovsky,
considéré comme un des premiers grands visionnaires de l’exploration
spatiale, qui publiera en 1903 son roman Hors de la Terre dans lequel il
décrit une station spatiale longue de cent mètres destinée
à abriter une colonie autonome.
Mais pour imaginer des
vaisseaux interplanétaires il faudra d’abord des mots, absents
du vocabulaire lorsque apparaît la science-fiction. Ce n’est
pas un hasard si de nombreux termes de l’astronautique ont été
empruntés à l’aéronautique qui, en son temps,
en a emprunté à la marine. Le mot « astronautique »
lui-même a été inventé dans les années
1930 par l’écrivain Rosny Aisné – auteur entre
autres de La guerre du feu – avant d’être consacré
dans un ouvrage technique, qui en fait son titre, publié par le scientifique
Esnault Pelterie.
Peu
à peu la littérature de science fiction, la science elle-même, puis l’actualité
de l’espace brutalement surgie en 1957 avec le lancement du Spoutnik, ont
forgé un vocabulaire qui permettait enfin de « construire » dans l’espace.
L'ESPACE
DES SYMBOLES
Le vaisseau spatial est avant tout un objet chargé d’un très
fort symbolisme. C’est une machine complexe, donc mystérieuse,
qui n’est que le reflet d’un autre labyrinthe, celui des organisations
humaines qui l’ont rêvée, puis construite. Les
échecs éventuels de cette machine – on s’abstiendra
de donner des exemples – sont toujours attribués à la
complexité de l’édifice, qui évoque inévitablement
le mythe de Babel, et la prétention des bâtisseurs lancés
dans des projets semblant défier la nature, en la réinventant.
Labyrinthe,
tour de Babel, construction utopique, symbole psychanalytique : dans l’espace
de l’imaginaire, le vaisseau spatial n’est pas soumis qu’aux
seules forces de la gravitation … Gaston Bachelard parlera du «
complexe de Prométhée », défini comme le «complexe
d’œdipe de l’intellect » , associant le désir
de savoir et de construire à une probable culpabilité. Le
«passage à l’acte» de l’ère spatiale,
avec le lancement du premier Spoutnik en 1957 puis l’arrivée
de l’homme sur la Lune en 1969, marquera une avancée décisive
de l’homme à la frontière de ses désirs et de ses
craintes.
MOBILIS
IN MOBILE
Comme le Nautilus, tout navire spatial est « mobile dans un élément
mobile ». Même une « station » orbitale est, malgré
son nom, en mouvement dans un espace où l’immobilisme n’a,
dans l’absolu, aucun sens.
La réalité
physique de l’espace est en rupture avec l’expérience
courante, ce qui contribue à l’éloigner de la Terre,
et cantonner le ciel dans le monde des symboles. La simple notion
d’apesanteur, par exemple, est souvent mal comprise, et traitée
de façon fantaisiste même dans les plus grands films de science-fiction.
On pense encore couramment qu’elle apparaît « dans le
vide », ou « dès qu’on s’éloigne d’une
planète », alors qu’au pied de la lettre – ou plutôt
des chiffres – l’attraction de la Terre s’exerce partout
dans l’univers, et qu’à l’inverse n’importe
qui peut faire l’expérience de l’apesanteur, pour quelques
instants, en sautant d’un plongeoir…
Là
où la physique de Newton imaginait des forces d’attraction, la
physique contemporaine incitera plutôt à penser la géométrie
d’un espace « déformé » localement.
Cette idée conduit à une image classique très parlante
: le système solaire peut être conçu comme une immense
toile souple sur laquelle seraient posées des billes massives correspondant
à chaque planète. Chacune de ces billes s’enfonce plus
ou moins dans la toile, créant des « puits de gravité
». Pour voyager de la Terre vers Mars, il suffira de produire suffisamment
d’énergie pour s’échapper du puit de gravité
de la Terre, puis pour freiner à temps afin de ne pas rebondir au-delà
de celui de Mars. Le voyage interplanétaire, entre ces deux phases,
ne sera en définitive qu’une simple partie de billard ne nécessitant
aucune énergie – sinon pour raccourcir la durée du vol.
UNE
QUESTION DE FORME
La plus belle conséquence de cette rupture avec le milieu terrestre
apparaît dans l’architecture, qu’il faut entièrement
repenser dans les conditions d’apesanteur et de vide spatial. Explorer
l’espace c’est aussi – et peut être avant tout –
explorer l’espace de la création.
On peut encore s’étonner
du « géomorphisme » de nombreuses représentations
de la science-fiction, s’obstinant à conserver d’illusoires
orientations verticales ou horizontales, là où l’absence
de gravité casse définitivement les codes architecturaux traditionnels.
Des
contraintes de fabrication incitent à construire les stations spatiales
- comme c’est le cas de l’actuelle ISS - à partir d’éléments
modulaires assemblés en meccanos géants. Un nouveau
pas peut être franchi en créant des « hyperstructures »,
dont les modules composent des « édifices » d’une
taille dépassant le kilomètre, voire la dizaine de
kilomètres. La question se pose alors de maintenir la rigidité
de l’assemblage : plutôt que s’appuyer sur une improbable
armature globale, pourquoi ne pas doter chaque module d’un système
propre de micro-propulsion, et d’une intelligence artificielle autonome
lui permettant de rectifier en permanence son positionnement dans la structure
d’ensemble, comme la « micro-intelligence » d’une
fourmi maintient la cohésion de la fourmilière. Des systèmes
analogues ont été imaginés dans des zones sismiques,
afin de contrecarrer l’effet des tremblements de terre en coordonnant
les vibrations de groupes de bâtiments grâce au couplage de vérins
placés dans leurs fondations.
Voyager
dans l’espace consiste alors à emprunter toute une gamme de véhicules
propres à chaque milieu traversé : une navette «
atmosphérique » pour les liaisons avec la Terre, puis des vaisseaux
assurant - sans jamais revenir au sol – le vol vers la Lune ou Mars,
et enfin des modules tels que le LEM d’Apollo, capables de rejoindre
la surface d’une planète. Dans le même temps, des engins
automatiques - appelés des « tugs » - transfèrent
les marchandises d’une orbite à une autre. La correspondance
pourra s’effectuer à bord de stations, à proximité
de la Terre ou « ancrées » sur des points de Lagrange,
jouant le rôle de véritables « gares » de l’espace.
Tirer
parti du milieu ambiant est la solution la plus simple. Elle est d’ailleurs
déjà utilisée aujourd’hui pour maintenir en permanence
dans l’espace près d’un million de personnes…
Certes, ce ne sont pas toujours les mêmes, leurs vols n’excèdent
jamais quelques heures, et elles ne font qu’emprunter des lignes aériennes
à seulement quelques kilomètres au-dessus du sol. Mais dans
un avenir proche, l’avion peut devenir le moyen idéal pour franchir
la première étape d’un voyage spatial. Bien que très
courte, c’est aussi la plus gourmande en énergie car il s’agit
de s’échapper du profond puit de gravité de la Terre.
La
fabrication de « rails de l’espace » - composés de
chaînes formées par des maillons de dizaines de mètres
de diamètres, ou de simples câbles - doit s’appuyer sur
de nouveaux matériaux particulièrement résistants, dont
la technologie dite des « nanotubes », apparue dans les années
1990, donne dès à présent une première idée.
Dans un avenir plus lointain, elle conduirait à une solution
originale et efficace pour franchir le puit de gravité de la Terre
: l’ascenseur spatial. Celui-ci - dont la réalité
n’existe pour l’instant que dans les équations –
consisterait à accrocher au niveau de l’équateur terrestre
un très long câble de 100.000 kilomètres – le quart
de la distance Terre-Lune - s’élevant jusqu’au ciel pour
y déposer par de simples cabines d’ascenseur des hommes et des
marchandises … La longueur du câble est importante, car elle est
nécessaire et suffisante pour que l’ensemble « tienne »
par lui-même dans le ciel - comme la corde du fakir des Cigares du Pharaon
… - mais sans le recours à une quelconque force surnaturelle
et en respectant les lois de la mécanique.
Prendre
son élan est une autre possibilité pour se propulser dans l’espace.
Jules Verne l’avait envisagée en lançant un boulet de
canon habité vers la Lune. La violence de l’accélération
initiale risque toutefois d’écraser dès le départ
la charge utile …Ce n’est plus le cas sur la Lune, où la
gravitation est cinq fois plus faible que sur Terre, et le frottement atmosphérique
nul. Dès les années 1970 étaient imaginées des
« catapultes » électromagnétiques, sortes de pistes
d’envol de plusieurs kilomètres de long, sur lesquelles des petits
véhicules alimentés par l’énergie électrique
de panneaux solaires ou de centrales nucléaires, seraient capables
d’atteindre une vitesse suffisante pour satelliser, à des coûts
très faibles, des minerais lunaires récupérés
dans l’espace par des remorqueurs.
Les moteurs chimiques utilisent un couple explosif tel que l’oxygène
et l’hydrogène liquides, particulièrement détonnant,
et dont la combustion ne produit que de l’eau sans danger pour l’environnement.
Hors de l’atmosphère, un autre type de moteur à réaction
est envisageable : éjectant de très faibles quantités
de matière, mais à des vitesses considérables –
c’est le cas du moteur ionique – il produira une poussée
modeste pendant de très longues durées, en ne consommant en
définitive qu’une petite quantité de carburant, bien
inférieure – pour une énergie délivrée
comparable – à celle du moteur chimique.
Une
panoplie technologique est à la disposition des bâtisseurs
de vaisseaux. Des navigateurs se penchent sur la carte du ciel, et tracent
des routes nouvelles, plus loin que l’océan …


Le vaisseau
spatial est donc le stade ultime de l’outil, dont le point
d’origine était peut-être, comme le suggère le
beau raccourci de 2001 l’Odyssée de l’Espace,
un simple os utilisé comme massue. C’est un aboutissement technologique
s’appuyant sur le savoir et la maîtrise du feu, comme les secrets
confiés à l’homme par le titan Prométhée.C’est
une construction complexe qui rejoint le ciel, comme la tour de Babel.
Mais Prométhée
sera puni par Zeus pour avoir dévoilé ses secrets, la tour
de Babel sera détruite, le vaisseau de 2001 deviendra..
incontrôlable, ..et – la réalité..
n’oublie.. hélas pas le mythe
- deux navettes spatiales exploseront tragiquement en vol…Pourquoi
tant d’intérêt pour des histoires qui, comme d’autres,
finissent toujours mal ?



Dans les années
1920 – 1930, se développe une nouvelle image « futuriste
» de la conquête spatiale, notamment dans les comics américains.
La force poétique de cette image populaire s’imposera au point
de créer un ensemble de codes visuels très forts qui subsistent
dans l’imaginaire, comme le fait d’assimiler aujourd’hui
encore, par exemple, le vaisseau spatial à la fusée ou à
la soucoupe volante. Elle donnera naissance au Space Opéra, équivalent
dans l’espace du Western inventé quelques années plus
tard par Hollywood.
Dès les origines
du cinéma, Mélies lui-même met en scène, à
la façon d’une opérette, Le Voyage dans la lune, qui
sera au début du XXième siècle le premier film de fiction
à connaître un succès mondial. En 1929, Fritz Lang tente
à son tour le voyage dans la Femme sur la Lune, avec cette fois-ci
un réel souci de réalisme technologique. Il prendra d’ailleurs
comme conseiller scientifique lors du tournage le pionnier de l’astronautique
Hermann Oberth.



En ce sens,
le vaisseau spatial est un objet utopique, comme le sont toutes les îles
– de l’Atlantide de Platon à l’Utopia de Thomas
More, de la Cité du Soleil de Campanella à l’île
du Capitaine Nemo. Dans l’imaginaire, l’espace ne fait que remplacer
l’océan. Comme lui, c’est « une grande substance
utopique » .
Le symbole a également
une forme. A la fois fusée et œuf protégeant
d’un milieu hostile, il renvoie de façon évidente à
la psychanalyse. Dans un de ses derniers ouvrages, Un mythe moderne
, le psychanalyste C.G. Jung se penche sur ce symbolisme, à travers
le phénomène Ovni qui émerge – ce n’est
pas une coïncidence – après la deuxième guerre
mondiale et alors que se profilent les premiers projets spatiaux. Jung ne
s’intéressera pas à la question de l’authenticité
des « soucoupes volantes », mais à la réalité
– elle, objective – de leur succès dans les médias.
Il existe une aspiration profonde à rêver ces objets mystérieux,
qui dans le contexte de l’époque se cristallise sur des engins
spatiaux – certes d’origine extraterrestre supposée -
associant de façon paradoxale la science et l’irrationnel,
comme une transposition de mythes vers des représentations contemporaines
plus facilement «acceptables». Les formes de ces objets en cigare
ou en soucoupe, popularisées par la science-fiction, rappellent pourtant
des symboles universels, tels que la forme phallique de la Fleur de Lys,
ou le cercle de la mandala, présents dans toutes les cultures, y
compris les plus anciennes.


La
gravité disparaît à bord d’un véhicule spatial
dès qu’il coupe ses moteurs et poursuit sa trajectoire par simple
inertie. Il lui suffira de les remettre en marche pour créer une gravitation
artificielle. Sera-t-elle, d’ailleurs, artificielle ? La question
n’est pas innocente, car elle est à l’origine d’une
des plus belles théories du XXième siècle, la
Relativité, partant notamment du principe que la gravité due
à l’attraction d’une planète est fondamentalement
de même nature que celle produite par une accélération.



Le carburant
embarqué dans un véhicule spatial n’est donc nécessaire
qu’au départ et à l’arrivée, et
il serait absurde de chiffrer sa consommation en litres de carburant par
kilomètre parcouru. Il aurait suffi d’un très faible
surcroît d’énergie pour que le vaisseau Apollo atteigne
Mars : l’adversaire dans ce cas aurait été le temps
- avec un voyage de plusieurs mois - et non l’espace.
Ce principe justifie
à lui seul, par exemple, l’intérêt stratégique
de la Lune. Pour s’en convaincre , on peut se rappeler la taille de
la fusée géante Saturne V, utilisée pour envoyer Apollo
dans l’espace, et la comparer à celle du petit LEM, suffisant
pour déposer puis ramener de la Lune deux astronautes : il est infiniment
plus économique de décoller de la Lune, ce qui en fait la
base idéale pour construire les vaisseaux interplanétaires
de demain.

Des formes nouvelles
sont à inventer : l’apesanteur permet de construire des structures
d’une fragilité inconcevable sur Terre, s’affranchissant
des échelles terrestres en se déployant indifféremment
dans les trois dimensions. Et dans le vide, le fuselage des formes aérodynamiques
est abandonné, pour n’être réservé qu’aux
seules navettes assurant des liaisons avec la surface de planètes
atmosphériques.
Quelques formes
privilégiées subsistent : c’est le cas du cercle,
tracé réel ou virtuel d’un habitat en rotation créant
à son bord une gravitation artificielle par l’effet de la force
centrifuge, la circularité jouant alors le rôle de la ligne
l’horizon sur Terre. Ou le triangle, figure géométrique
obtenue à partir du plus petit nombre de droites, formant des structures
dites isostatiques utiles à la conception d’armatures rigides.

Certains
« hyperinstruments » peuvent aussi s’affranchir de tout
contact matériel entre leurs composantes modulaires. Ce serait
le cas des «hypetéléscopes », basés sur une
constellation de satellites disséminés dans tout le système
solaire, mais dont les pointages sur tel ou tel astre lointain seraient parfaitement
synchronisés, fournissant des images d’une résolution
à faire rêver tous les astronomes.
Tout
naturellement, les formes tendent à se différencier selon leurs
fonctions. L’expérience de la Navette Spatiale a démontré
les limites des véhicules hybrides, supposés en l’occurrence
transporter à la fois des passagers et du fret . Pourquoi,
en effet, imposer les contraintes de fiabilité très strictes
nécessaires aux vaisseaux habités à l’envoi dans
l’espace de simples marchandises ? Le principe des « rendez-vous
» spatiaux étant aujourd’hui parfaitement maîtrisé,
il est bien plus sûr – et économique – de lancer
séparément des petites navettes de passagers dans d’excellentes
conditions de confort et de sécurité, puis des cargos lourds
automatiques destinés au seul fret.

Les
systèmes de propulsion des vaisseaux – lorsqu’ils en sont
dotés – conditionnent leurs formes. Même si des technologies
nouvelles sont encore à développer, elles reposeront toutes
sur un très petit nombre de principes fondamentaux : tirer
parti du milieu ambiant, prendre son élan, ou utiliser le principe
de l’action et de la réaction ( mettons de coté pour quelques
années encore la téléportation chère à
l’équipage de Star Trek, mais dont le principal intérêt
industriel était de limiter les coûts de production d’une
série télévisée, à une époque ou
la technique des effets spéciaux était moins avancée…).




L’avion spatial
sera probablement un engin double, composé d’une aile porteuse
destinée à atteindre la haute atmosphère, là
où des moteurs de nouvelle génération - tels que des
statoréacteurs - peuvent encore exploiter l’oxygène
atmosphérique résiduel. Une petite navette habitée
s’en décrochera pour rejoindre seule une orbite basse, grâce
à l’impulsion finale fournie par ses propres réacteurs.
Le milieu spatial n’est
lui-même pas totalement vide. Un jour peut-être des systèmes
exploiteront les quelques particules qui y subsistent. Mais avant tout,
l’espace est baigné par la lumière solaire. Les petits
photons qui la composent exercent une pression très faible –
mais non négligeable - au point d ‘orienter à l’opposé
du Soleil les longues queues des comètes. Au niveau de la Terre,
l’ordre de grandeur de cette pression photonique est comparable au
poids exercé par une pièce de monnaie sur une surface équivalente
à un terrain de football. Elle permet d’imaginer d’extraordinaires
vaisseaux dont le principe de propulsion renoue avec la navigation à
voile : les voiliers solaires.
Et
en l’absence de tout support matériel tangible, pourquoi ne pas
construire des rails dans l’espace ? L’idée n’est
pas aussi absurde qu’il y parait, et pourrait être utilisée
pour relier par de longs câbles deux astéroïdes distants
de quelques centaines, voire quelques milliers de kilomètres. Un tel
assemblage, mis en très lente rotation, produirait une gravitation
artificielle – par les effets de la force centrifuge – à
la surface de ces petits blocs rocheux dont la gravité propre est négligeable
: les bases habitées construites à la surface de ces «
atolls » n’auraient plus à se soucier des contraintes biologiques
liées à un long séjour en apesanteur, tout en bénéficiant
d’une assise matérielle naturelle de la taille d’une ville
ou d’un département.


N’importe
quel engin poursuivant son vol par inertie, sans aucun moteur, peut habilement
tirer parti des nombreuses curiosités de la « cartographie »
spatiale. La plus surprenante est certainement le rebond gravitationnel,
consistant à viser une planète pour y « rebondir »
afin d’accroître sa vitesse et atteindre des astres biens plus
lointains. La technique a déjà été utilisée
lors du remarquable vol de Voyager 2 lancé de la Terre en 1977, rebondissant
sur Jupiter en 1979 pour atteindre Saturne en 1981, y rebondir à nouveau
vers Uranus - rejoint en 1986 - avant de survoler Neptune en 1989, et poursuivre
son voyage éternel au-delà du système solaire. Chacun
de ces « rebonds » n’a réclamé, de la part
de la sonde, qu’un apport minime d’énergie utile à
quelques corrections de trajectoire. Le fait d’augmenter pourtant sa
vitesse à chaque étape n’a rien de magique : les planètes
survolées ont transféré un peu de leur énergie
propre à la sonde, donc ralenti leurs rotations autour du Soleil, mais
dans des proportions totalement négligeables compte tenu de leurs tailles.
Il est donc possible de traverser le système solaire avec un élan
minimal, à condition de viser la bonne trajectoire. Le voyage
interplanétaire, avant d’être une question d’énergie,
est une question de stratégie.
Pour
longtemps encore, le moteur à réaction restera toutefois le
moyen le plus souple pour voyager dans l’espace.
Son principal inconvénient est de contraindre le vaisseau
à embarquer son propre carburant, nécessairement lourd et limité
dans le temps. Il permet en revanche de contrôler à tout moment
le vol, et délivrer les forces nécessaires pour franchir rapidement
des puits de gravité. Contrairement au moteur à hélices,
il n’a pas besoin d’un milieu matériel pour appuyer sa
force, qui résulte de l’éjection à
grande vitesse d’une certaine quantité de matière.
2001,
L'Odyssée de l'Espace
Amazing
stories, 1935
Mélies,
Voyage dans la Lune
Moteur
fusée. Dessins de C. Tsiolkowsky
Nautilus,
Jules Verne
2001,
l'Odyssée de l'Espace
Station
spatiale - Boeing
Module
lunaire - Image O.Boisard
International
Space Station
Shuttle
II - Image O.Boisard
Voilier
solaire - Image O.Boisard
Ascenseur
spatial - Image O.Boisard
Voyager
2