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On
enregistre une première naissance sur la Lune.
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Des « biosphères » sont construites sur la Lune et
Mars.
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L’économie
de l’espace prend son envol, les flux d’échanges avec
la Terre se transforment.
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Les territoires lunaires et martiens sont aménagés.
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Des hommes débarquent sur les satellites de Jupiter et de Saturne.
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Des astéroïdes sont remorqués, pour construire des
stations géantes.
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Une sonde est envoyée vers un système stellaire voisin.
TEMPS
3
AUTONOMIE
ET
EXPANSION ...
Des
compagnies privées exploitent des lignes régulières Terre-Lune
très rentables. Ce n’est pas tant le transport de passagers
qui les intéresse, que celui des produits manufacturés issus
de l’industrie lunaire. Les flux d’échanges avec la Terre
ont changé de nature : l’espace tend à produire tout ce
qui est nécessaire à sa consommation propre autant qu’à
son développement, et exporte vers la Terre des minerais rares, des
équipements électroniques conçus en micro-gravité,
des cristaux purs utiles aux nano-technologies, sans oublier l’énergie
solaire des « Solar Power Station ».
Des
ressources minières existent ailleurs, au-delà de Mars, dans
la grande ceinture d’astéroïdes. Des sondes de
reconnaissance y ont déjà identifié des centaines de
milliers de blocs rocheux – de quelques mètres à quelques
kilomètres de diamètre – et des missions habitées
débarquent sur les plus remarquables d’entre eux. Un nouveau
type d’engin apparaît : le remorqueur d’astéroïde.
Son but est de rapprocher suffisamment près l’un de l’autre
deux blocs de taille moyenne, puis de les relier par un câble de dix
kilomètres de long : l’ensemble sera mis en rotation, afin de
produire, sur les faces intérieures des astéroïdes, une
gravité artificielle utile à de nouvelles stations habitées.
Là où il n’y a pas de planète, on crée,
en quelque sorte, des « polders » de l’espace.
C’est
à cette époque qu’on découvre, dans les zones reculées
de la ceinture de Kuiper, une comète dont la trajectoire risque
de rencontrer la Terre dans dix ans … L’alerte
a été donnée par le système de surveillance mis
en place des années plus tôt: des statisticiens avaient fait
remarquer qu’un tel risque de collision était faible, mais non
nul. Sans même faire référence à l’astéroïde
géant qui a détruit la lignée des dinosaures voici soixante
millions d’années, ils rappelaient l’impact de Tunguska
en 1908, au cœur de la Sibérie, qui avait fait des ravages dans
un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres. Les chiffres sont là:
compte tenu de la densité de population sur Terre, une telle catastrophe,
même si elle ne se produit qu’une fois par siècle, produit
des dégâts tels que, rapportée à une année,
elle correspond à un risque de mortalité comparable à
celui des accidents de la route …


L’industrie
de l’espace a pris son envol. Des milliers de personnes –
bientôt des dizaines de milliers – vivent hors de la Terre. La
majorité résident sur la Lune, où, pour la première
fois, on enregistre une naissance. L’événement fait d’ailleurs
l’objet d’une polémique : ce milieu artificiel, sous faible
gravité, ne serait-il pas préjudiciable à la croissance
de l’enfant? N’est-il pas préférable de revenir
sur la Terre, qui n’est jamais qu’à deux jours de voyage
de la Lune ?

La qualité
de vie, loin de la planète bleue, a pourtant fait des progrès
considérables. L’apparition des « biosphères
» artificielles marque un tournant majeur, avec la construction
d’immenses serres de quelques hectares abritant un milieu vivant riche
et varié, renouvelant les anciennes – et monotones - cultures
hydroponiques. La maîtrise de ces systèmes biologiques parfaitement
clos a demandé du temps, mais elle permet maintenant de recréer
de véritables forêts loin de la Terre, de reproduire le cycle
de l’eau, et – c’est un vrai luxe – d’élever
quelques animaux. Certains estiment que ce progrès profite avant tout
aux amateurs de breakfast, qui retrouvent enfin, à leur petit-déjeuner,
du lait, des œufs, et du bacon.


Le
tourisme spatial génère un flux de passagers intense vers des
hôtels en orbite basse, en proposant à des prix très
abordables pour sa clientèle des classes moyennes, des courts séjours
d’un week-end ou d’une semaine. De chaque cabine est garantie
une imprenable vue sur la Terre.
Aménager
des stations lunaires ou martiennes n’est pas qu’une question
d’ingénierie et d’architecture : cela devient, aussi, une
question d’urbanisme. Il ne s’agit plus seulement de se
protéger de l’environnement, mais de s’y intégrer.
Des réseaux de transports sont installés à la surface
de la Lune comme de Mars, entre des pôles de développement majeurs,
des stations secondaires, et des postes avancés. Une vieille question
- qu’on avait prudemment mise de côté durant les périodes
d’exploration - resurgit dans l’actualité : l’activité
humaine doit veiller à ne pas détruire inconsidérément
des milieux naturels préservés pendant des milliards d’années.
On décide
que d'immenses zones « sanctuaires » seront sauvegardées
et interdites à l’homme, excepté lors de missions scientifiques
ponctuelles. Un projet lunaire ambitieux, mais jugé trop destructeur,
est abandonné : il consistait à exploiter dans des mines à
ciel ouvert de centaines de kilomètres carrés, le précieux
régolithe – c’est-à-dire la couche de poussière
issue du bombardement de météorites – riche en les éléments
rares, tels que l’hélium 3 utile aux réacteurs de fusion
nucléaire.




On
envisage d’abord utiliser un remorqueur pour dévier la comète
: le temps qu’il la rejoigne, elle sera hélas trop près
du point d’impact, et il faudrait quoi qu’il en soit pour la «
repousser » une énergie bien supérieure à celle
que produisent les réacteurs de l’engin. Une autre solution consisterait
à la détruire à l’aide de charges nucléaires
: trop risqué, sa fragmentation produisant une nuée de météores
peut être plus dangereux encore. La solution est finalement trouvée
: c’est elle-même qui modifiera sa route. Des voiles solaires
sont envoyées à sa rencontre, et positionnées précisément
entre elle et le Soleil, formant un immense « moucharabieh » de
l’espace ...

Constamment dans l’ombre,
le bloc rocheux composé essentiellement de glace reste figé
durant son approche, et ne développe pas la queue habituelle des
comètes due aux jets de gaz produits par le réchauffement
solaire … L’action de ces petits « geysers » était
faible, mais suffisante pour qu’en leur absence la comète modifie
sensiblement sa trajectoire, et croise la Terre sans risque, à quelques
millions de kilomètres.
La « frontière
haute » se situe au voisinage de Jupiter et Saturne. Des
ballons dirigeables sont envoyés en reconnaissance dans les couches
supérieures de ces planètes «sans sol». Impossible
d’y envisager une quelconque mission humaine : la gravité y
est beaucoup trop forte. Par contre, en orbite, des stations d’un
nouveau genre sont construites : constituées d’une vaste plate-forme
habitée, reliée par un câble à un contrepoids
situé mille kilomètres plus bas, ce «pendule»
géant se stabilise par l’effet du «gradient de gravité»,
et reproduit à bord une pesanteur artificielle sans recourir à
la traditionnelle force centrifuge.
L’aventure
est relancée sur les extraordinaires satellites des deux planètes
: il s’agit de reproduire le processus engagé des
décennies plus tôt avec Mars. Des hommes s’approchent
des lacs de méthane liquide de Titan. Les vulcanologues s’intéressent
tout particulièrement à Io. On explore les failles de Ganymède,
ou de Callysto. On s’aventure dans les anneaux de Saturne. Mais, surtout,
depuis la station habitée d’Europe, on pénètre
sous la glace du satellite, jusqu’à la première station
sous-marine immergée hors de la Terre.
Les technologies sont
enfin au point pour qu’une sonde automatique soit envoyée au-delà
du système solaire. Au terme d’un voyage raisonnable de vingt
ans, la prochaine escale est Proxima du Centaure.
Et
tout le monde s’accorde à penser que la Terre restera, quoi
qu’il en soit, une des plus agréables planètes dans
cette région de la galaxie ...



TEMPS
3 : AUTONOMIE
ET EXPANSION ...
Station
spatiale - Image O.Boisard
Biosphère
2
L'astéroïde
Hayabusa - JAXA
Moucharabieh
de l'espace - Image O.Boisard
JALONS