TEMPS
1
EXPLORATION
ET
RENTABILITE
Le
temps de l’exploration débute le 4 octobre 1957 avec la mise
en orbite de Spoutnik 1. L’exploit est historique, mais une inconnue
subsiste : l’homme pourra-il survivre dans l’espace ? Il faut
attendre le vol de Gagarine en 1961, puis les nombreuses missions qui suivront,
pour lever définitivement cette incertitude. L’aventure spatiale
est lancée …Comme tout processus, elle connaît des cycles
d’avancées puis de stagnation, des fausses pistes, des réajustements,
et de spectaculaires réussites.
Au
terme d’un long et ambitieux programme de 15 ans, un premier vaisseau
s’élance vers Mars en 2030. Il aura fallu convaincre
de nombreux interlocuteurs – et de nombreux pays partenaires –
pour construire l’aventure. Argument décisif, il est démontré
que son budget global correspond à des dépenses annuelles à
peine supérieures à celles consacrées aux vols habités
durant les années 1990.
A la même date,
le vaisseau habité quitte véritablement l’orbite terrestre.
Sa trajectoire, un peu plus coûteuse en énergie, permet de
réduire à 6 mois la durée du vol. Pour qu’une
nouvelle fenêtre de tir favorable apparaisse dans le ciel, l’équipage
doit rester 18 mois sur Mars. Il revient sur Terre 6 mois plus tard, au
terme d’une mission qui aura duré au total deux ans et demi.
Un des intérêts de ce programme est d’envoyer, en même
temps que les astronautes, un vaisseau automatique identique au premier,
en prévision d’un nouveau cycle de vols, et donc de nouvelles
missions habitées. C’est aussi, par le dédoublement
des systèmes, une sécurité supplémentaire pour
les douze astronautes de l’équipage, en cas de défaillance
d’un de leurs équipements.
La Lune n’est
pas oubliée. Face à l’éloignement de
Mars, la Terre semble se rapprocher de son satellite naturel. L’homme
revient sur les traces qu’il avait laissées quelques dizaines
d’années plus tôt. Mais la Lune est aussi le point de
rencontre symbolique de deux des plus belles aventures technologiques et
humaines du XXième siècle : sa conquête en 1969, et
le développement d’Internet à partir de 1992.
Des
sondes automatiques sillonnent le système solaire, et pour
la première fois Pluton est survolée. Bientôt
des robots d’observation sont mis en orbite autour de toutes les planètes
majeures, avec un intérêt tout particulier – outre Mars
– pour Jupiter, Saturne, et leurs satellites. On découvre qu’une
comète surgit de la ceinture de Kuiper doit, dans quelques années,
inéluctablement percuter Uranus : une mission est rapidement programmée
pour étudier de près le phénomène. Excepté
lorsqu’ils sont tournés vers la Terre, les équipements
scientifiques s’éloignent peu à peu des orbites terrestres
« classiques », déjà presque saturées. On
pense un temps positionner le nouveau téléscope spatial sur
un point de Lagrange entre la Terre et la Lune. L’idée est vite
abandonnée, car ces points ont les défauts de leurs qualités
: trop stables, ils concentrent des micro-poussières qui pourraient
nuire aux observations. On préférera le satelliser autour de
la Lune, en attendant une prochaine génération d’équipements
construits, cette fois-ci, au fond d’un cratère, près
du pôle, éternellement protégés du Soleil.
L’industrie spatiale est dynamisée par l’apparition
de nouveaux acteurs : aux cotés des USA, de l’Europe,
de la Russie et du Japon, la Chine s’impose comme une puissance à
part entière. L’Inde, ainsi que de nombreux pays dits émergeants,
développent également leur activité en direction de l’espace.
Pour des raisons stratégiques, chacun souhaite se doter de ses propres
systèmes de navigation, de communication, et d’observation. Dans
le domaine scientifique, et sur les projets dont l’ampleur des budgets
dépasse la capacité d’un état, les coopérations
se développent au gré des conjonctures politiques.
Des
fondations, et des associations à but non-lucratif, bénéficient
de la baisse des coûts spatiaux pour réaliser des projets originaux
: très tôt, la course Terre-Lune de voiliers solaires
est enfin organisée. A l’occasion d’un lancement
commercial, une petite place est proposée gratuitement à trois
capsules de quelques dizaines de kilos, renfermant des engins qui, une fois
dépliés, formeront des voiles de trente mètres de coté
capables de se mouvoir dans l’espace grâce à la pression
photonique. Pendant plusieurs mois, l’événement est suivi
à l’œil nu par tous les habitants de la Terre. Un trophée
est remporté par le premier navire capable de photographier la face
cachée de la Lune. Le succès rencontré par cette compétition
incite ses organisateurs à la reconduire tous les quatre ans, à
l’occasion des jeux Olympiques d’été.
Des
acteurs privés s’intéressent au tourisme spatial.
Certes, leurs moyens ne leur permettent pas encore de développer en
toute indépendance des lanceurs orbitaux. L’option choisie est
celle de l’avion fusée qui, dans d’excellentes conditions
de confort et de sécurité, propose à un public privilégié
d’effectuer, durant quelques minutes ou quelques heures, un vol suborbital
suffisant pour contempler les courbes de la Terre. Cette industrie nouvelle
repose sur de solides études marketing démontrant l’existence
d’un réel marché, au potentiel de développement
prometteur.
L’aventure
spatiale se poursuit aussi sur Terre, dans les laboratoires de
recherche, où deux priorités sont étroitement liées
à l’espace. La première concerne l’énergie
: si les ressources fossiles apparaissent suffisantes pour affronter
la demande pendant encore plusieurs décennies – durée
au demeurant très courte – leur coût de production augmente
de façon continue et inéluctable. La maîtrise de l’hydrogène,
également stratégique dans l’espace, est un enjeu majeur.
La technologie des piles à combustibles notamment, elle-même
issue des programmes de recherche & développement du programme
Apollo, intéresse tout particulièrement l’industrie
automobile. L’énergie solaire, dans le même temps, se
tourne vers le ciel. On étudie la possibilité de construire
en orbite géostationnaire des stations géantes, hyperstructures
de kilomètres de long qui capturent l’énergie du Soleil
pour la renvoyer sur Terre par des faisceaux de micro-ondes.
La seconde priorité
répond à la grande préoccupation devenue incontournable
en ce début du XXIième siècle : la protection
de l’environnement terrestre, et l’étude de ses évolutions
climatiques. Des constellations de satellites sont dédiées
à l’observation de la Terre, des océans, de l’atmosphère.
La moisson d’informations rapportées de l’espace a un
but : faire évoluer les comportements, les mentalités, les
politiques, à la surface d’une petite planète dont on
ne cesse de découvrir la beauté, et la fragilité.
Une
navette spatiale de troisième génération est mise en
service. Cet avion spatial est exclusivement dédié
au transport de passagers. Comme tous les lanceurs, il utilise de l’hydrogène
et de l’oxygène liquides, dont la combustion ne produit dans
l’atmosphère qu’une vapeur d’eau inoffensive pour
l’environnement. C’est une gigantesque aile volante, d’une
taille supérieure à celle d’un avion de ligne, de laquelle
se détache à très haute altitude un petit planeur capable
d’atteindre des orbites basses, puis de revenir seul se poser sur la
piste de n’importe quel aéroport. La Terre dispose enfin
d’un moyen économique et durable pour rejoindre l’espace.
- La
navette spatiale fait place à des lanceurs plus simples et plus économiques,
puis à l’avion spatial de troisième génération.
- La
conquête de Mars coordonne les grands projets spatiaux, y compris
le retour de l’homme sur la Lune.
-
Autour de la Terre se concentrent les fonctions utilitaires de communication,
d’observation, et de navigation.
-
Les satellites scientifiques qui ne sont pas dédiés à
l’observation de la Terre s’éloignent vers les points
de Lagrange, ou vers la Lune.
-
Les micro et nano satellites se multiplient.
-
Des nouvelles puissances spatiales apparaissent, et des acteurs privés
se lancent dans le tourisme spatial.
-
La recherche & développement liée à l’espace
se développe dans les domaines de l’énergie et de l’environnement.

Après la conquête
de la Lune, plusieurs décennies s’écoulent durant lesquelles
toutes les missions habitées sont concentrées sur des orbites
basses, à quelques centaines de kilomètres seulement de la
Terre. Durant cette période, la « technologie de l’ apesanteur
» se développe, on teste la capacité de l’homme
à effectuer de très longs séjours dans l’espace,
des stations modulaires sont construites.
Un des éléments
clefs de l’époque est la navette spatiale, extraordinaire
avion-fusée conçu, à l’origine, pour minimiser
le coût du « ticket » d’accès à l’espace
lors de missions multiples. Elle effectue près de cent vingt vols
en vingt-cinq ans. Ce chiffre est toutefois très inférieur
à celui initialement escompté et, surtout, on ne peut à
oublier la dramatique disparition de deux des six engins de sa flotte.


Les temps sont
à l’économie, dans tous les sens du terme.
Paradoxalement, l’opinion publique réclame tantôt des
projets moins coûteux, tantôt des programmes plus ambitieux
que le «simple» fait de « tourner en rond » sur
des orbites basses.
L’industrie
spatiale, pourtant, est en plein essor : poussée par des
applications militaires, elle est aussi, dans le domaine des communications,
un des moteurs de la société de l’information qui émerge.
L’espace est un miroir tourné vers la Terre : des «balises»
spatiales offrent un moyen de naviguer avec une extrême précision
grâce au GPS, des satellites d’observation permettent d’observer
la Terre et son environnement. Avec des budgets bien moindres, des programmes
scientifiques se poursuivent : les télescopes spatiaux scrutent le
ciel profond, et des sondes automatiques sont envoyées dans le système
solaire pour rencontrer des comètes, étudier le Soleil, et
se poser sur Mars ou sur Titan. Toutes ces images nouvelles de la
Terre et d’astres lointains contribuent à faire évoluer
les consciences, de façon peut-être moins spectaculaire qu’en
son temps le programme Apollo, mais avec la même profondeur.
Au début des
années 2000, une nouvelle destination de rêve s’impose
: la planète Mars. C’est avant tout un objectif destiné
à coordonner, et rendre plus lisible que par le passé, l’ensemble
des programmes spatiaux.
Le débat porte
sur la stratégie à adopter : faut-il une mission directe vers
la planète rouge, ou revenir préalablement sur la Lune pour
en faire la première étape du voyage ?
Dans un premier
temps apparaît une nouvelle génération de lanceurs.
La navette spatiale est abandonnée au profit de systèmes plus
simples – et plus fiables - distinguant le fret des capsules habitées.
Le public s’étonne de ce surprenant retour, après quelques
décennies, de capsules spatiales comparables, dans leur forme et
leur principe, à celles de l’époque Apollo. Celles-ci
n’avaient pourtant jamais été abandonnées : ni
par la Russie avec ses Soyouz - qui ont prouvé leur efficacité
- ni la Chine qui depuis 2003 envoie de la même façon ses «taïkonautes
» dans l’espace.


La mission doit être
économique, offrir au futur équipage de parfaites conditions
de sécurité – donc de redondance des équipements
–, tout en respectant les cycles de rotations de la Terre et de Mars
autour du Soleil …
La solution
retenue dure un peu plus de trois ans. A la vérité,
le premier vaisseau envoyé vers la planète rouge n’emporte
pas encore de passagers . Cet engin automatique emprunte une trajectoire
ne réclamant qu’un minimum d’énergie, pour un
voyage de 8 à 9 mois.
Arrivé à
destination, il se sépare en deux modules : l’un d’entre
eux reste en orbite autour de Mars, ce sera le futur véhicule de
retour des astronautes. Le second rejoint le sol, et commence un travail
de synthèse chimique - de l’atmosphère ambiante et des
ressources en eau accessibles en profondeur - afin de distiller des quantités
suffisantes d’oxygène et l’hydrogène liquides.
Ce carburant sera utilisé par l’équipage lors de son
retour en orbite martienne.



Avec
un budget très faible comparé au « chantier » martien,
des petits rovers, pilotables depuis la Terre, sont déposés
sur la surface lunaire. Les plus sophistiqués sont réservés
aux scientifiques, et destinés à sonder le sol, à la
recherche de minerais rares ou, mieux, de glace issue de la collision avec
des comètes. Mais d’autres, plus simples, ne sont en réalité
que de simples caméras : on enregistre sur Terre d’impressionnantes
listes d’internautes – passionnés d’espace, photographes,
artistes, écoliers… - en attente des quelques heures durant lesquelles
ils pourront en prendre les commandes, depuis leur ordinateur en réseau,
et se transformer en astronautes virtuels.
Des petits rovers avaient
déjà fait rêver en capturant des paysages de Mars. Leur
distance était telle cependant qu’il serait à jamais
impossible de les piloter « en direct ». Ce n’est plus
le cas sur la Lune, et chacun s’exerce fébrilement sur des
simulateurs reproduisant le décalage d’un peu plus d’une
seconde nécessaire pour qu’une commande, transmise à
la vitesse de la lumière, atteigne le robot.
La Lune est
redécouverte grâce à Internet. L’exploration,
hors de la Terre, n’est plus réservée à une poignée
de spécialistes, mais chacun peut y apporter son habileté,
sa curiosité, et son talent, pour photographier un coucher de Terre
sur la Mer de la Tranquilité, s’aventurer dans de profonds
cratères, ou explorer des failles mystérieuses …


La robotique
spatiale se développe ailleurs que sur la Lune. Les deux mots-clefs
sont « micro » et « nano » : la miniaturisation croissante
de l’électronique, associée aux progrès de l’intelligence
artificielle, conduisent à de nouvelles générations de
sondes et de véhicules automatiques. Il est rappelé
que le robot est à la fois le meilleur allié et le pire rival
de l’homme dans l’espace. Pourquoi en effet confier à
l’homme des tâches qu’une machine peut, sans risque, effectuer
elle-même ? Comme le souligne un ancien spationaute,
la présence de l’homme n’est nécessaire que lorsqu’il
apporte ce qui lui est propre : sa perception du monde, et sa conscience…







Des
sondes automatiques sillonnent le système solaire, et pour
la première fois Pluton est survolée. Bientôt
des robots d’observation sont mis en orbite autour de toutes les planètes
majeures, avec un intérêt tout particulier – outre Mars
– pour Jupiter, Saturne, et leurs satellites. On découvre qu’une
comète surgit de la ceinture de Kuiper doit, dans quelques années,
inéluctablement percuter Uranus : une mission est rapidement programmée
pour étudier de près le phénomène. Excepté
lorsqu’ils sont tournés vers la Terre, les équipements
scientifiques s’éloignent peu à peu des orbites terrestres
« classiques », déjà presque saturées. On
pense un temps positionner le nouveau téléscope spatial sur
un point de Lagrange entre la Terre et la Lune. L’idée est vite
abandonnée, car ces points ont les défauts de leurs qualités
: trop stables, ils concentrent des micro-poussières qui pourraient
nuire aux observations. On préférera le satelliser autour de
la Lune, en attendant une prochaine génération d’équipements
construits, cette fois-ci, au fond d’un cratère, près
du pôle, éternellement protégés du Soleil.
Des
fondations, et des associations à but non-lucratif, bénéficient
de la baisse des coûts spatiaux pour réaliser des projets originaux
: très tôt, la course Terre-Lune de voiliers solaires
est enfin organisée. A l’occasion d’un lancement
commercial, une petite place est proposée gratuitement à trois
capsules de quelques dizaines de kilos, renfermant des engins qui, une fois
dépliés, formeront des voiles de trente mètres de coté
capables de se mouvoir dans l’espace grâce à la pression
photonique. Pendant plusieurs mois, l’événement est suivi
à l’œil nu par tous les habitants de la Terre. Un trophée
est remporté par le premier navire capable de photographier la face
cachée de la Lune. Le succès rencontré par cette compétition
incite ses organisateurs à la reconduire tous les quatre ans, à
l’occasion des jeux Olympiques d’été.
Des
acteurs privés s’intéressent au tourisme spatial.
Certes, leurs moyens ne leur permettent pas encore de développer en
toute indépendance des lanceurs orbitaux. L’option choisie est
celle de l’avion fusée qui, dans d’excellentes conditions
de confort et de sécurité, propose à un public privilégié
d’effectuer, durant quelques minutes ou quelques heures, un vol suborbital
suffisant pour contempler les courbes de la Terre. Cette industrie nouvelle
repose sur de solides études marketing démontrant l’existence
d’un réel marché, au potentiel de développement
prometteur.
L’industrie
spatiale est dynamisée par l’apparition de nouveaux acteurs :
aux cotés des USA, de l’Europe, de la Russie et du Japon, la
Chine s’impose comme une puissance à part entière. L’Inde,
ainsi que de nombreux pays dits émergeants, développent également
leur activité en direction de l’espace. Pour des raisons stratégiques,
chacun souhaite se doter de ses propres systèmes de navigation, de
communication, et d’observation. Dans le domaine scientifique, et sur
les projets dont l’ampleur des budgets dépasse la capacité
d’un état, les coopérations se développent au gré
des conjonctures politiques.
JALONS
Mars
... Image O.Boisard
CEV
- NASA
Coucher
de Soleil ...
Luna
Cup - U3P
Ciel
vu de la Terre ...
TEMPS
1 : EXPLORATION ET RENTABILITE